Le Museo Comico de Dimitri
Pour un artiste du monde du spectacle comique doté de talents multiples et possédant déjà un théâtre (fondé en 1971), une école (depuis 1975), une Compagnie (depuis 1978), un bar, un restaurant, un lieu tout à lui et une brillante carrière de mime et de clown derrière lui, un musée devenait indispensable.
Habituellement, les clowns publient leurs mémoires, comme l’ont fait Grock, Chaplin et Rivel. Etant aussi un grand collectionneur, Dimitri a été le premier à relever le défi de créer un musée dédié au comique. Il fut décidé de débarrasser les locaux administratifs de l’Ecole et du Théâtre afin d’enrichir encore la « forteresse Dimitri » et sa vie interne.
Les salles sont au nombre de quatre et l’exposition est organisée selon une logique de collectionneur. Un troupeau d’éléphants provenant du monde entier, que Dimitri a acquis, marchandés ou reçus en marque de sympathie envers les pachydermes, ses partenaires de scène durant la tournée du Cirque Knie en 1970, accueille le public dans une pièce de couleur orange vif. Dans la deuxième salle, le bordeaux souligne l’or des instruments à vent, le bois des instruments à archets, de ceux aux cordes pincées, des percussions et d’une collection foisonnante de flûtes pour célébrer dignement une longue carrière entre scènes et manèges. Un vert foncé offre ensuite un contraste avec la pureté du blanc et les nuances de rouge des costumes des clowns classiques qui se trouvent dans la troisième salle. Plus loin, un violet foncé sert de fond à la salle des masques où sont projetés aussi les films des plus célèbres, numéros de Grock, Andreff, Rivel et Dimitri, avec des références cinématographiques de Mac Sennet, Olio et Stelio, Buster Keaton, Charlie Chaplin, Jacques Tati, Jerry Lewis, Woody Allen et une sélection d’hommages aux clowns de talent et aux infatigables provocateurs de rire.
S’il est vrai qu’une exposition d’objets inertes n’est pas particulièrement comique en soi, appartenant à la mémoire collective, ils réveillent tout à coup en nous le souvenir d’une sortie au théâtre ou au cirque particulièrement agréable. Ce sont les associations farfelues et la présentation elle-même des reliques en question qui provoquent en nous un tel effet. Le kitch et le non-sens mettent les objets précieux en valeur, font ressortir leurs contrastes, nous permettent l’accès aux petits comme aux grands objets. Il n’est donc pas surprenant que le musée possède exactement 666 objets – et non 999, comme le démontre Dimitri lui-même dans l’un de ses numéros sur l’inversion des chiffres par une rotation de 180 degrés – qui, en évoquant des concepts tels que la similitude, l’hétérogénéité et la force de caractère, touchent à l’essence même du comique et à ses techniques.
Les objets exposés proviennent presque exclusivement de la collection privée de Dimitri, qui, avant son installation dans le musée, était entassée pêle-mêle dans sa salle de répétition. Aujourd’hui, le rêve de Dimitri de créer un musée à l’image et comme aboutissement de sa vie d’artiste est devenu réalité. Il ne s’agit pas du tout d’un musée inanimé : la proximité de l’école, du théâtre, du bar-restaurant provoque effectivement un continu va-et-vient. Les heures d’ouverture du musée ont été réglées en fonction des heures de spectacles, c’est-à-dire entre 17h et 24h. Il est toutefois naturellement possible de faire des exceptions pour les amis, les groupes scolaires et autres fidèles visiteurs.
L’agencement du musée a été confié à Harald Szeemann ainsi qu’à l’architecte Christoph Zürcher, assistés d’une équipe d’experts composée de Cecilia Liveriero, Kees Hensen et Jérôme Szeemann. Dimitri et Gunda ont bien sûr contribué également à l’entreprise en datant et définissant l’origine et la technique utilisée pour chacun des petits éléphants exposés – il s’agit d’un voyage à travers les XVII, XX (très bien représenté) et XXIème siècle qui guide le spectateur à travers les cinq continents. Dans son traité sur le rire, Henri Bergson a trouvé les mots appropriés:
"Il n’existe aucune forme de comique au-delà de ce qui est vraiment humain".
Et Verscio de compter une attraction supplémentaire.

Harald Szeemann, août 2000
